Accouchements moins médicalisés : attentes des usagères et pratiques dans les maternités au niveau national

Résumé de soumission

Contexte : En France, la quasi-totalité des femmes accouchent dans des maternités hospitalières, les accouchements à domicile étant marginaux et les maisons de naissance encore en expérimentation. Les femmes qui accouchent dans ces structures hospitalières sont le plus souvent des femmes en bonne santé, dites à bas risque obstétrical, usagères du système de soins hospitalier dans le cadre de leur grossesse et de leur accouchement. La France est connue pour avoir des taux élevés d’interventions médicales durant le travail ; en 2010, 75% des femmes accouchant en France avaient une péridurale, 64% de l’ocytocine et 27% une épisiotomie. Même si ces taux semblaient en 2010 en diminution depuis 2003, date de la précédente enquête nationale périnatale, ils restaient plus importants que ceux rapportés par la plupart de nos voisins européens. Cette situation semble avoir entrainé une prise de conscience à la fois des professionnels, des sociétés savantes et des pouvoirs publics, qui s’est traduit entre autres par la rédaction de recommandations de bonnes pratiques tendant à limiter ces interventions et des modifications des infrastructures et des protocoles dans certaines maternités. On a pu observer, en parallèle, à travers les médias et des associations d’usagers, un intérêt croissant des femmes pour se réapproprier leur accouchement et tendre vers un accouchement moins médicalisé. Le débat débuté cet été concernant les violences obstétricales suite à la demande de la secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes d’établir un rapport montre à quel point ce sujet est au cœur de l’actualité dans notre pays. Cependant il n’existe actuellement pas de données au niveau national évaluant les attentes des femmes lors de l’accouchement et recherchant comment les maternités et les praticiens tentent de répondre à ces attentes. La proportion des accouchements moins médicalisés et l’impact que la moindre médicalisation peut avoir sur les issues à l’accouchement sont également inconnus.

 

Objectifs : L’objectif principal de ce travail est d’évaluer à partir d’une enquête quantitative, nationale et représentative, la concordance entre les diverses propositions organisationnelles faites par les structures hospitalières et les attentes des femmes en vue d’une moindre médicalisation de leur accouchement. L’objectif secondaire est d’étudier les pratiques de moindre médicalisation en France et leur impact sur les issues à l’accouchement.
Méthodes : L’étude portera sur la base de données de l’enquête nationale périnatale (ENP) 2016 qui comprend toutes les femmes ayant donné naissance à un enfant vivant ou mort-né, dans toutes les maternités françaises, pendant l’équivalent d’une semaine en 2016, soit un peu plus de 14 000 femmes. Ces données sont disponibles et exploitables au sein de l’unité INSERM 1153, de même que les données de l’ENP précédente de 2010, qui permettront d’étudier certaines évolutions. Ces deux enquêtes comportent des données précises sur les caractéristiques des maternités, des femmes et le déroulement de leur accouchement. L’ENP 2016 comporte également des questions spécifiques quant aux attentes des femmes et aux pratiques moins médicalisées.
Dans un 1er temps les données de l’ensemble des femmes seront étudiées puis nous sélectionnerons dans un 2e temps une population de femmes dite à bas risque obstétrical et pouvant bénéficier d’un accouchement moins médicalisé, c’est-à-dire des femmes entrant en travail spontané, à terme (≥37 SA), accouchant d’un fœtus unique en présentation céphalique.
Un accouchement moins médicalisé sera défini par les critères suivants : absence de péridurale suite au souhait de la femme, absence d’utilisation d’ocytociques, absence d’épisiotomie, accouchement dans une position autre que la position gynécologique, autorisation de boire durant le travail.
Pour répondre à nos objectifs, ce projet se déroulera en 3 temps
1- Nous analyserons les caractéristiques des femmes ayant des attentes particulières pour leur accouchement, décrirons leurs attentes et évaluerons leur satisfaction quant au respect ou non de ces attentes, à partir de l’ENP 2016.
2- Nous décrirons l’organisation mise en place dans les maternités pour répondre aux attentes des femmes et son évolution depuis la dernière enquête en 2010.
3- Nous étudierons les pratiques de moindre médicalisation en France, en estimant leur fréquence et leur évolution entre 2010 et 2016, en évaluant leurs déterminants, et en étudiant l’impact de ces pratiques de moindre médicalisation sur l’état de santé des femmes et des enfants.

 

Perspectives : Informer les usagères sur la fréquence des accouchements moins médicalisés dans les maternités en France, les caractéristiques des femmes bénéficiant de cette prise en charge durant le travail, et les issues de leur accouchement.
Informer les professionnels et les pouvoirs publics pour ces mêmes résultats mais aussi quant aux attentes des femmes, leurs caractéristiques et leur satisfaction.
Disposer de résultats valides, en population, pour servir de base à l’établissement de recommandations de pratique clinique concernant le travail et l’accouchement normal en France.
A partir des résultats obtenus, envisager la mise en place d’étude prospectives qualitatives ad hoc visant à explorer comment s’élaborent les attentes femmes, comment leurs demandes sont verbalisées et réalisées et quels sont les freins ou les facilitateurs à leur réalisation

Equipes du projet

Coordonnateur : LE RAY Camille

N° ORCID : 0000-0003-0891-1063

Structure administrative de rattachement : INSERM

Laboratoire ou équipe : Centre de Recherche Epidémiologiques et Bio Statistiques de Sorbonne Paris Cité (CRESS), UMR Inserm 1153 - Equipe EPOPé

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